Le
régiment Royal Bavarois d’ Infanterie de Réserve
19

dans les Vosges 21.1 au 2.6.1915
d’après les carnets
de campagne d’anciens membres du régiment
Generalmajor a.D. Karl JAUD

Traduit par Elizabeth Buhl
1.
Neuulm-Augsburg
31.12.14 à 21.1.15
Le 28 Novembre 1914 le ministère
de la guerre bavarois décréta la création de
neuf bataillons d’infanterie, pour constituer, grâce à
l’appui populaire, de nouvelles unités avec les hommes
aptes au service , dans le cas d’un conflit prolongé
contre un ennemi supérieur en nombre. Ces bataillons ne devaient
pas constituer des unités autonomes mais devaient être
intégrés aux régiments d’infanterie comme
quatrième bataillon.
Mais dès le 22 Décembre 1914 le ministère de
la guerre pris la décision que ces bataillons devaient quand
même former des régiments et avec d’autres armes
constituer la 8e Division de réserve bavaroise.
Ces bataillons étaient avantagés, car à l’exception
des chefs supérieurs, ne furent choisis que les officiers,
sous-officiers et caporaux qui étaient en convalescence et
de ce fait bénéficiaient de l’expérience
du front. Les hommes de troupe étaient choisis parmi les meilleures
recrues en fin d’instruction et parmi les convalescents.
Dans le cadre du 1er corps
d’armée bavarois, un bataillon d’infanterie fut
créé auprès de chacune des quatre brigades d’infanterie,
deux à Munich, un auprès de la 3e brigade à Augsburg
et un auprès de la 4e à Neu-Ulm. Les deux bataillons
munichois formèrent le 18e Régiment d’infanterie
de réserve bavarois, et les deux autres bataillons le 19e Régiment
d’infanterie de réserve bavarois. Celui d’Augsburg
devint le 1er, celui de Neu-Ulm le 2e bataillon. Chaque bataillon
reçu une batterie de mitrailleuses. Les deux régiments
n’avaient donc pour le moment que deux bataillons.
Jusqu’à ce que
tous furent vêtus et logés, les recrues faibles éliminées
et dirigées sur les unités suppléantes, le ravitaillement
et le service réglés, que les chefs des compagnies eurent
reçu les chevaux qui pouvaient a peu près leur convenir
et que les attelages furent opérationnels, il y eu énormément
de travail et le 3 Janvier commença la formation. Avec le temps
humide et le sol détrempé et défoncé des
champs d’exercice cela augmenta les difficultés, en outre
il manquait à maint jeune chef de compagnie l’expérience
indispensable et il fallu quinze jours avant que les quatre postes
de chef de compagnie fussent définitivement occupés.
Les difficultés furent
toutes maîtrisées et le 15.1 chaque homme avait acquis
avec son groupe les rudiments nécessaire au combat, de sorte
que le 14.1 le régiment composé à Augsburg était
apte à exécuter journellement les manœuvres, sans
trop d’accrocs, sous les yeux de son commandant de brigade Generalmajor
Freiherre von Pechmann et son commandant de division Generaleutnant
Freiherr von Stein. La participation de batteries de campagne et des
estafettes fut particulièrement encourageante et lorsque le
20.1 le régiment reçu au cour d’une parade dans
la cour de la caserne Prince-Charles les drapeaux et que le lendemain
il se mit en route vers la gare pour le départ, fort de 29
officiers, 14 officiers suppléants et sergents-majors, 4 officiers
sanitaires, 2 officiers payeurs, 164 sous-officiers ainsi que 2 batteries
de mitrailleuses et 158 chevaux, chacun avait le sentiment d’appartenir
à un ensemble homogène qui ne se laisserait pas déloger
de la place ou du but assigné par aucun ennemi.
Composition
au 21. Janvier 1915
Etat major du régiment
:
Commandant chef de corps : Lieutenant colonel Karl JAUD
Adjudant : Lieutenant Karl WAGNER
Responsable de l’équipement : Adjudant Bruno ALBER
I. Bataillon
Commandant : Major Heinrich VEITH
Adjudant : Lt. Wilhelm HAVERKAMP
Officier d’intendance : Off. Suppl. Joseph EBERT
Médecin : Médecin chef a.K. Wilhelm BRUNS
Médecin assistant : Paul EPELER
Officier payeur : sous-off. payeur Max OBERMEIER
1. Compagnie |
2. Compagnie |
| Lt. Wilhelm ZIMMERMANN |
Lt. Ludwig AUFFHAMMER |
| Lt. de réserve Victor BUHL |
Lt. de réserve Georg FÜRST
. |
| Off. Suppl. Alois MAHR |
Off. Suppl. Otto GAB |
| Off. Suppl. Eugen EINBERGER |
Off. Suppl. Georg SCHUSTER |
3. Compagnie |
4. Compagnie |
| Lt.Colon. Wilhelm KOLLMANN |
Capitaine Karl SEITZ |
| Lt. Ludwig LINDNER |
Lt. Theodor KÜSPERT |
| Off. Suppl. Xaver HUBER |
Lt.d.Res. Rudolf BERNHEIMER |
| Off. Suppl. Otto MICHELER |
Off. Suppl. Josef MEERWALD |
Section de mitrailleuses :
Lt. de Rés. Georg KEIM
Off. Suppl. Florenzio Mac CARTY
II. Bataillon
Commandant : Major Rupert NEUHIERL
Adjudant : Lt. de Rés. Karl FUCHS
Officier d’intendance : Off. Suppl. Michael GRAUVOGEL
Médecin : Médecin capitaine d.L. Dr. Jakob BERKENHEIER
Médecin assistant : Siegfried ROUGE
Officier payeur : sous-off. payeur Philipp LEHNER
5. Compagnie |
6. Compagnie |
| Lt. colonel de Rés. Otto KOLB |
Capitaine Egon KORB-MÜLLER |
| Lt. de Rés. Richard ANGERER |
Lt. Richard STIEHLE |
| Lt. Heinrich HOFMANN |
Lt. de Rés. Karl NONNENMACHER |
| Off. Suppl. Hans STREHLE |
Mar. d.logis chef Martin LINDNER |
7. Compagnie |
8. Compagnie |
| Capitaine Albert LEUCHS |
Capitaine Georg BÄRMANN |
| Lt. de R. Theodor ENGELHARD |
Lt. de Rés. Martin SPERER |
| Lt. Leonhard ROSSKOPF |
Lt. Franz NEUMAYR |
| Mar.d.logis chef Karl GABLER |
Off. Suppl. Georg SEUBERLING |
| |
Off. Suppl. Eugen WAGENSEIL |
Section de mitrailleuses : Lt. Karl GRAU
Le 21 Janvier à midi,
13 h.25 et 20 h.18 les lourds convois de transports se mirent en marche,
d’abord en direction d’Ulm d’où ils repartirent
dans la nuit après une halte de deux heures. Destination inconnue.
A Sigmaringen il fut clair que le voyage prenait la direction du sud
et vers deux heures du matin les sentinelles emmitouflées dans
des fourrures blanches et les grands sapins chargés de neige
nous révélèrent que nous nous trouvions dans
la Forêt Noire. Au lever du jour nous roulions à grande
vitesse vers Offenburg et Freiburg, à 11 h. environ nous avons
franchi le (canal du) Rhin près le l’Ile Napoléon
et vers midi nous avions atteint Mulhouse notre but.
2.
Dans les Vosges - 22.1 au 2.6.1915
L’état-major
du régiment pris ses quartiers à Modenheim I.R./19 à
Illzach et II./R.19 à Kingersheim. Les jours suivants, furent
consacrés à perfectionner la formation des troupes notamment
dans le tir de combat bien que le matin le sol fut fortement gelé.
Le tonnerre de la canonnade venant de la direction de Cernay, les
traces des lourds combats qui avaient eut lieu au mois d’août
14 ici même et surtout les nombreuses tombes d’amis et
d’ennemis partout dans les champs ainsi que les blessés
dirigés journellement sur Mulhouse en provenance du ‘’trou
de la mort’’ et les prisonniers français, laissaient
présager du sérieux de la tâche qui nous attendait.
Le 4.2 déjà
fut donné l’ordre de départ vers Feldkirch de
l’état-major et le I./R.19 pour être incorporé
dès le 5.2 à la 42. Brigade de cavalerie sous les ordres
du général de brigade prussien Heidborn, II./R.19 suivit
le 5 au soir.
Les combats de position au
sud du Vieil Armand dans les alentours du Rehfelsen, Sandgrubenkopf
et Hirtzstein furent la première occasion où le jeune
bataillon eut à faire preuve de son courage et de son endurance
devant l’ennemi. Car le terrain était très raide
et rocailleux, la position tactique loin d’être clarifiée
et la ligne tenue jusqu’à présent par les chasseurs
prussiens 8, landwehr 40, uhlans 15, loin d’être consolidée.
En plus le temps hivernal, souvent pluvieux, l’approche par
une pente très raide et sous le feu d’artillerie à
partir de Hartmannswiller, la difficulté du ravitaillement,
les chasseurs alpins comme ennemis, furent les éléments
auxquels la troupe du faire face et qui demandèrent beaucoup
de volonté et sentiment du devoir à accomplir.
L’engagement du bataillon
Veith (I./R.19) eut lieu dans la nuit du 5 au 6.2 sans pertes ; bien
qu’une attention soutenue et le plus grand calme aient été
recommandés, la compagnie de chasseurs cyclistes 8 relayée,
se retira en chantant leurs 100 lanternes sourdes allumées.
Suivirent l’engagement du bataillon Neuhierl (II./R.19) le commandement
du bataillon de la 7e et 8e compagnie dans la nuit du 7 au 8.2., de
la 5e et 6e dans la nuit du 9 au 10. L’activité des compagnies
consistait tout particulièrement dans la consolidation d’une
meilleure ligne de front et la reconnaissance du terrain. Concernant
ce dernier point la bravoure des patrouilles du caporal Sigelhofer
4./R.19 contre 908 le 7.2., par la suite celle sous Lt. Küspert,
Lt Rosskopf et le vice sergent major Flierl avec 5 groupes de la 4e
et 3 groupes de la 7e et 8e compagnie le 8.2 ainsi que sous Lt. Lindner
et Lt. Rosskopf avec des hommes de la 3e et 7e compagnie le 10.2 au
Silberbachgrund vers la hauteur 908 et le blockhaus français
dans la forêt de Wattwiller, furent couronnées de succès.
Ces actions ne furent pas exemptes de pertes, ainsi le Lt Küpfert
du abandonner deux hommes tués devant les lignes ennemies,
le Lt Linder lui-même blessé perdit son caporal Hötzl,
le sous-officier Meiler, chef de la patrouille de la 5e compagnie
qui avait été envoyée le long du chemin du Molkenrein
ainsi que le fantassin Glas laissèrent leur vie le 12.2.
Toutefois la situation et
la force des lignes ennemies purent être clairement établis
et les chasseurs alpins en face subirent des pertes conséquentes.
Le fait que les postes de la 4e Cie purent ramener le 9.2 dans les
lignes allemandes deux chasseurs alpins français blessés
un sergent et un chasseur du 7e Chasseur à pied, nous fut très
utiles, ainsi purent être vérifiés les résultats
de nos reconnaissances du 8.2 et nos patrouilles du 10 et 12.2 purent
profiter de précieuses indications. Les compagnies se montrèrent
dignes de leur tâche et le parfait esprit qui régnait
chez les officiers et hommes de troupe se manifesta également
lors des patrouilles et des actions individuelles, comme celle dans
laquelle s’illustra le Lt Lindner qui, bien que blessé
à la main et au dos, avec l’aide du fantassin Drechsel
et soutenu par les tirs du fantassin Ohlinger, tous les deux du 3./R.19,
parvint à ramener quoique mourant son caporal Hötzl. Le
12 la relève fut ordonnée pour les nuits du 12 au 13
et du 13 au 14 et lorsque les bataillons, bien qu’ayant eu 5
morts et de nombreux blessés, parmi ces derniers 2 officiers,
le capitaine Bärmann de la 8e et le lieutenant Lindner de la
3e compagnie, quittèrent la brigade prussienne, le commandant,
général de brigade von Heidborn, fit publié l’ordre
du jour suivant : « Pour le départ du régiment
qui quitte la 42. brigade de cavalerie, je remercie tous les officiers
et hommes de troupe pour les services éminents que le régiment
a rendus dans le secteur sous mes ordres. Les meilleurs vœux
accompagnent le régiment. Je souhaite qu’il soit fait
état de ce qui précède auprès de la division
et de la brigade, pour que les chefs supérieurs du régiment
soit informés de la valeur de son engagement ».
Le transfert du régiment
par train depuis Bollwiller dans la nuit du 13 au 14, c'est-à-dire
de l’état major à Herlisheim dans le château,
résidence du ministre de la guerre ultérieur Von Scheuch,
du I./R.19 à Husseren et Eguisheim et de II./R.19 à
Herrlisheim et Voegtlingshoffen, nous apporta quelques jours de repos.
Toutefois, dès le 14.2 dans l’après-midi, le capitaine
adjudant de brigade Von der Tann nous fit part de nouvelles directives
confidentielles qui signifiaient pour le corps d’armée
Gaede et de ce fait aussi pour notre 8e division de réserve
l’engagement dans l’un des plus grands combats des Vosges.
La pression que les français,
incrustés tout autour de Munster, exerçaient dans un
large éventail allant vers l’est depuis le Schnepfenriedkopf
jusqu’au Hörnleskopf,

pesait lourdement sur cette
porte d’accès vers la moyenne Alsace. Le centre des positions
françaises, comme Stegemann l’avait parfaitement illustré,
était le Reichackerkopf qui contrôlait de ce fait la
montée vers le col de la Schlucht et tous les chemins qui,
depuis Munster, permettaient l’accès vers les vallées
et les montagnes. Particulièrement bien armé et défendu,
ce sommet d’une altitude de 771 m, relié au Moenchberg,
Altmatt et Sattelkopf, formait une forteresse naturelle, qui semblait
narguer tous les assauts. Le R.J.R.19 fut investi de la mission de
l’arracher aux chasseurs alpins du général Batailles
dans le cadre d’une offensive contre les lignes françaises
s’étendant entre Kaysersberg et la vallée de la
Lauch. Dès le 14.2 le régiment bavarois R.J.R.18 sous
les ordres du commandant Danner partit à l’attaque dans
la vallée de la Lauch, assailli Hilsen et Obersengern et prit
rapidement Ranspach. Le R.J.R.19 prit contact, non seulement avec
le bataillon de territoriaux wurtembergeois I./121 (capitaine Timmermann)
positionné sur les versants au sud de Munster, mais également
avec l’ennemi et fit tout son possible, par l’intermédiaire
de ses commandants, pour donner à l’attaque des bases
sûres, en s’entourant de tous les renseignements concernant
les lignes et voies d’accès ennemies. Le lt. Küspert
(4.) et le lt.Rosskopf (7.) avec le soutien du garde forestier local,
le sous-officier Junt, rendirent ainsi de grands services dès
le 15.2 avec leurs patrouilles.
Dans l’intention de
commencer l’attaque le 17.2., I. et II./R.19 devaient transférer
le 16 leurs quartiers à Wasserbourg et Soultzbach, mais l’attaque
fut remise inopinément au 19 de sorte que seul I./R.19 se mit
en route le 16 dans la matinée avec son paquetage de combat
vers Wasserbourg par Wintzenheim et Soultzbach. II./R.19 et l’état
major du régiment ne suivirent que le 17 à Soultzbach.
Chaque bataillon se vit attribuer 20 mulets et les abondantes quantités
de munitions, vêtements d’hiver et de montagne et matériel
pour creuser des tranchées, furent acheminées le 16
à l’aide de 5 camions à Wasserbourg-Soultzbach.

Le 18.2 l’ordre d’attaque
de la division fut transmis aux formations qui avaient été
rattachées au régiment à savoir une partie de
la 8e compagnie de réserve de sapeurs, I./Ldw 121, la batterie
de canons de montagne 2, la compagnie de réserve sanitaire
8. Selon l’ordre du jour I./Ldw 121, avec le renfort d’une
unité de mitrailleuses lourdes devait, chaque fois avec une
compagnie, attaquer le 19.2 à 6h.30 le Moenchberg par le Steinkreuz
et Fronzell, R.J.R.19 avec ¼ de la compagnie de réserve
de sapeurs franchir la Fecht à Tiefenbach, II./R.19 la Fecht
près de Sendenbach, et sans tarder, avec chaque fois un bataillon,
passer à l’assaut du Reichackerkopf et du Sattel.
Le RJR.18 renforcé
par la compagnie de réserve cycliste 8 et la moitié
de la compagnie de réserve de sapeurs, en venant de Landersbach
et Sondernach, devait franchir la Fecht à Metzeral à
6 h.30 et conquérir le Altmattkopf et Sattelkopf ; I./R.J.R.22
par contre avec un peloton de mitrailleuses de la compagnie de skieurs,
¼ de la compagnie de réserve de sapeurs 8 et deux pelotons
de mitrailleuses lourdes devait assurer, à la suite de RJR
18, la protection et le barrage des routes menant de Metzeral vers
le sud et l’ouest et faire des reconnaissances en direction
du Hohneck, pendant que le groupe de combat à leur droite,
sous le général de brigade Sonntag, comprenant entre
autre le commandement de la brigade d’infanterie de réserve
bavaroise, le RJR 23 et deux bataillons de territoriaux du régiment
d’infanterie wurtembergeois 121 devait à 6 h. du matin
par le Hörnleskopf et le Barrenkopf, partir à l’attaque,
prendre les positions françaises près de Soultzeren
et Stosswihr et arrêter les français sur tout le front
jusqu’à ce que l’attaque de la 15e brigade d’infanterie
de réserve (Freiherr von Pechmann) ait atteint son but. Tout
avait été mis en œuvre pour une assistance efficace
par l’artillerie de montage et l’artillerie de campagne
lourde, ainsi que des communications téléphoniques et
des observations et informations à partir de ballons et d’avions.
Ils devaient intervenir dans la ligne d’attaque du R.J.R.19,
notamment 2/3 batterie de montagne 2 – Riedel – à
partir du Krähenberg et groupe d’artillerie Rettig en direction
des versants situés au sud et sud-est en face du Reichackerkopf.
Dans le terrain difficile un succès n’était possible
que sous l’effet de la surprise. Toutes les formations reçurent
l’ordre de faire usage de lumière avec le plus grand
calme et avec prudence ; des mesures très strictes furent prises
concernant barrages et fouilles dans les localités entrant
en ligne de compte.

Le 18.2, laissant derrière
eux tout ce qui était inutile dans leurs bagages, les deux
bataillons quittèrent Wasserbourg et Soultzbach en direction
de la croisée des chemins au sud-est de Ried, où le
matin 200 pièces de matériel pour le creusement de tranchées
avaient été apportées par le bataillon I et où
les deux officiers de renseignement Lt. Küspert et Roskopf attendaient
leurs bataillons. Le temps était sec mais il soufflait un fort
vent du nord-est et bientôt, avec la tombée de la nuit
et après le franchissement de la crête, sur les versants
exposés au nord on rencontrait des plaques de verglas où
des groupes entiers, surtout ceux avec les mitrailleuses, les infirmiers
avec leurs civières, les bêtes de somme et les chevaux
firent des chutes souvent graves, en outre dès 7 heures du
soir il faisait tellement noir qu’on ne voyait plus sa propre
main devant les yeux. En bref, cette marche se révéla
extrêmement pénible et bien que le I./R.19 n’atteignit
le Stemlisberg qu’à 9 h.10 du soir et II./R.19 Oberbreitenbach
qu’à minuit 15, cette arrivée au but fixé
peut être considérée comme une performance. L’état
major du régiment avait rejoint I./R.19 et trouva dans des
locaux exigus et froids au Stemlisberg un logement de fortune.
Le 19.2 à 6 heures
du matin il fallu repartir. L’état major du régiment
atteignit par un long chemin rocailleux, sous la conduite d’un
jeune berger, d’abord Eckersberg et après une courte
pause Breitenbach où sifflaient déjà de temps
à autre des obus tirés depuis le Reichackerkopf entre
les maisons. Entre temps I./R.19 et II. avaient franchi la Fecht,
soit par des ponts soit à gué, à Breitenbach
et Sendenbach, et s’étaient avancés rapidement
en direction du Reichackerkopf et Sattel par le Katzenköpfel
et Stocka. I./R.19 avec sa compagnie du centre (3. Kollmann) avait
atteint à 7 h.30 sans perte la lisière de la forêt
au nord du Katzenköpfel lorsqu’elle se trouva soudain dans
la pente raide de la forêt devant une ligne de troncs et de
barbelés sous un feu nourri qui ne venait non seulement d’en
face mais également du flanc droit, ce qui rendit extrêmement
difficile la progression vers le Moenchberg, de la 4e compagnie (capitaine
Seitz) qui venait de Oberwida à l’est du Katzenköpfel,
et leur infligea de lourdes pertes.
Le Lt. de réserve Bernheimer
(4.), l’officier suppléant Micheler (3.), le sous-officier
porte drapeau Josef Schmid de Kornau près d’Oberstdorf,
qui mourut le drapeau à la main aux côtés de son
commandant chef de bataillon Veith, furent parmi les premiers à
tomber au champ d’honneur. Bien que la 4e compagnie ne réussi
pas à avancer plus loin, malgré le soutien qu’elle
devait recevoir du régiment par la section Einberger (I./R.19)
partie du Fronzell, et que la 2e compagnie (Lt. Auffhammer), qui avançait
sur l’aile gauche de I./R.19 au Klängle, ait été
en position délicate sous les tirs provenant de face et des
côtés à travers les branchages, la 3e compagnie
parvint à progresser sous le feu ennemi et à prendre
d’assaut la position fortement défendue d’un poste
d’observation près du chemin 300, au sud du Reichackerkopf.
La preuve de la sûreté de tir de nos coriaces Souabes
et Bavarois, malgré tous les efforts physiques et le danger
de mort, étaient les 25 chasseurs alpins du 51. Bataillon de
chasseurs alpins français morts d’une balle dans la tête
à leurs postes de tir aménagés derrière
les barricades faites d’énormes troncs de sapins.
Pendant ce temps l’aile
droite de II./R.19 avec les compagnies 5,6,7, partie du Sendenbach
par Roth et Obereck, était parvenue à 300 m du Sattel.
Comme en même temps que ce résultat très favorable,
la prise du Moenchberg par I./L.121 fût annoncée et que
R.J.R.18 avait atteint le Altmattkopf, l’état major du
régiment était en droit de pouvoir espérer une
victoire imminente. La déception fut d’autant plus amère
quand quelques heures plus tard il s’avéra que ces deux
dernières annonces étaient fausses et qu’en même
temps II/R.19 fit savoir : « prise du Sattel et du sommet impossible,
obstacles trop importants, notre artillerie tout à fait inefficace,
trois compagnies ennemies sur notre flanc gauche ; me retire avec
le bataillon de quelques centaines de mètres et fléchi
le côté gauche du front vers l’ouest », de
ce fait l’état major se trouva dans une position très
délicate car ne disposant d’aucune réserve disponible
dans l’immédiat.
Il pouvait être 7 h.
du soir, alors qu’était évoqué la nécessité
de faire appel à des réserves de Munster et une renforcement
des tirs d’artillerie en direction du Reichackerkopf, Klängle-Sattel
et Sattelköpfchen, que tomba la bonne nouvelle libératrice
de I./R.19 : « Détachement Kollmann – 3./19, Section
Schuster 2.19, Section Anodé et Furst 4./19 – Section
de mitrailleuses Keim et 6 hommes R.P.R.8 – ont pris ce soir
à 6 h.45 le Reichackerkopf ; l’ennemi s’est retiré
direction nord et nord-ouest ; la position est tenue et fortifiée
». Par ce fait, le point dominant entre la grande et la petite
Fecht à l’ouest de Munster était pris et la décision
spontanée, vers 4 h. de l’après-midi, du Lt. colonel
Kollmann ensemble avec le Lt. colonel Keim et les chefs de peloton
présents de prendre encore le même jour le bastion, malgré
les combats et les efforts qui avaient précédés,
restera pour les chefs et la troupe une page glorieuse dans l’histoire
du R.J.R.19. Que l’assaut fut couronné de succès
est dû essentiellement à la section de mitrailleuses
Keim dont l’action ce jour là, rien que sur le plan physique,
était admirable. Les sous-officiers Mac-Carty comme éclaireur,
tirailleur Geyer comme agent de liaison et le caporal Albrecht comme
guide de tir, se sont distingués par leur cran et leur habileté.
Entre temps la nuit était
tombée froide et humide recouvrant de son linceul noir amis
et ennemis, parmi ceux qui avaient laissé leur vie il fallait
compter 3 officiers (le Lt. de réserve Bernheimer (4.), l’off.
suppléant Micheler (3.) et l’adjudant Lt. Gabler (7.),
8 sous-officiers et 30 hommes, parmi ces derniers le fantassin Josef
Müller (5.) qui voulu sortir son camarade blessé des lignes
de barbelés devant le Sattelkopf ; parmi les blessés
plus ou moins graves, qui durent être évacués
figuraient 3 officiers (Lt.Lindner (3.), Lt. de rés. Angerer
(5.), Lt. Rosskopf (7.) 1 officier suppléant (Merwald) et 179
sous-officiers et hommes de troupe.

Porte drapeau Joseph Schmid avec
le drapeau du 1er Bataillon en main, tombé le 19.02.1915.
La nuit du 19 au 20 se passa
sans combat mais également sans repos. Les troupes qui avaient
pris position sur les hauteurs devaient chercher un abri précaire
contre le froid très vif et dans la vallée, au Tiefenbach,
chez l’état major du régiment et tout à
côté au poste de premier secours, le souci du lendemain
pour le ravitaillement et le transport des blessés était
source de grande tension. En outre plusieurs nouvelles formations
arrivèrent dans la nuit au R.J.R.19 : artillerie de montagne,
mitrailleuses lourdes, blindés, II. Batl. R.J.R.22 du commandant
Braun, ½ I./R.J.R.22 du commandant Eisel ; il ne pouvait donc
être question de repos avec le va et vient incessant des blindés
entre Munster et Metzeral qui, selon les ordres reçus, mitraillaient
les positions retranchées qui étaient encore entre la
main des ennemis au nord du Fronzell et au nord de Muhlbach.
Pour le 20.2 il était
prévu de conquérir dans un premier temps le terrain
appelé ultérieurement Sättele et Sattelköpfle
à l’ouest du Reichackerkopf,

de là avancer plus
loin en direction du nord et partant d’une ligne nord-ouest
en bordure du Moenchberg-Brochacker et terrain au sud du Rosselwasen,
menacer l’importante voie de communication principale ennemie
venant du col de la Schlucht, et soutenir efficacement les troupes
engagées à partir d’une ligne Kleinkopf-Hohrodberg-Hohrod
vers Soultzeren-Eck-Hagel. Bien que soutenu par un feu d’artillerie
intense d’une heure au Moenchberg, Sättele et Sattelköpfle
et malgré toute la bravoure, notamment de 5./R.J.R.23 (Cap.
Metzner) le but ne fut pas atteint, car depuis des positions invisibles
dans les pentes au nord-ouest du Klängle, les attaquants furent
pris sous le feu de tirs d’infanterie sur leur flanc et dans
leur dos. Quand arriva le soir on se vit dans l’obligation de
retirer vers l’arrière près de leur point de départ,
pour se mettre à l’abri, les 5. et 6./R.J.R.22 qui s’étaient
le plus avancés vers le Sättele. Une éclaircie
fut la nouvelle parvenu vers midi annonçant que le Bretzel
et Widental, incendiés par la batterie de Grauvogel, étaient
occupés depuis 10 h. par I./L.121 prêt à avancer
direction Stosswihr.
Le 21.2 le R.J.R./19 avait
pour mission d’atteindre le but qui avait été
fixé pour la veille et le groupe de combat de Braun II./R.22,
½ I./R.22 et I./R.19, soutenu vigoureusement par l’artillerie,
reçu l’ordre de prendre le Moenchberg. Mais la densité
de la végétation et le terrain accidenté du Moenchberg
rendaient le commandement et la vue d’ensemble très difficiles
et malgré tous les efforts 300 m de terrain à peine
avait été conquis lorsque le soir arriva. La situation
était particulièrement difficile par le fait que l’attaque
commencée à 2 h. de l’après-midi fut prise
sous le feu de tireurs cachés dans les arbres et subit de lourdes
pertes, morts et blessés graves, notamment un grand nombre
de gradés éprouvés, entre autres les commandants
von Falkenhausen, Schilling +, Metzner +, Lt. Seit +. Le capitaine
Scholler fut grièvement blessé et c’est grâce
à l’abnégation et à l’énergie
du caporal Voigt I./R.19 qu’il pu être ramené et
sauvé.
Il ne restait rien d’autre
à faire que de tenir la ligne atteinte, profiter de la nuit
pour retirer le gros des compagnies qui étaient sans chef et
de réorganiser les formations. Heureusement ceci réussi.
Entre temps le Sattelköpfle avait été occupé
par les ½ sections 5., 6. et 7./R.19 grâce aux observations
et à la détermination du sous-officier Wiehl (5.) avec
le fantassin Bernstorf (5.). Le 22.2
le commandant du R.J.R.19 pris l’assaut du Moenchberg personnellement
en main et ordonna un tel déluge de feu à partir de
11 h.45 du matin sur la forêt du Moenchberg, par les deux canons
de la batterie Grauvogel, qui avaient été amenés
dans des conditions extrêmement difficiles tout près
au sud de la source, ainsi que des obusiers et des mortiers du détachement
Holländer, qui lui étaient subordonnés, qu’à
partir de 2 h. de l’après-midi il ne restait plus «
personne assis sur aucune branche ». Effectivement, les compagnies
Auffhammer (2.), Kollmann (3.) et la section de mitrailleuses Keim,
qui s’étaient portées volontaires, atteignirent
la lisière du Moenchberg vis-à-vis du Brochacker sans
aucun coup de feu ni perte.
Pour la nuit du 22 au 23,
la brigade avait décidé que les ruines de Widenthal
et Bretzel serviraient de cantonnement à l’état
major de I./R.19 avec la 1ère compagnie et Stosswihr à
l’état major du régiment ainsi qu’à
celui de II./R.18, I./R.18 et 2./R.22 ; mais du fait que dans cette
localité la bataille pour le Kilbel faisait rage, comme le
bruit des combats l’attestait, l’état major du
régiment, sous sa responsabilité, pris la décision
de rester à Munster avec les troupes qui l’accompagnaient.
Pendant la nuit la brigade fit savoir que pour le 23.2 il était
prévu, en ce qui nous concernait, un assaut général
contre la ligne Soultzeren-Ampfersbach-Sattel et que le régiment
devait détacher un bataillon qui devait être arrivé
au plus tard à 6h.30 au Hohrodberg à la disposition
du général Von Sprösser. Le régiment désigna
pour cette mission le commandant Lochner avec I./R.19 au Bretzel,
1./R.18 et 1 et 3./R.22 à Munster et après que ce bataillon
se mit en route à 5 h. du matin, en laissant 3./R.22 par erreur
en arrière, l’état major du régiment, qui
n’avait eu que très peu de repos, quitta également
Munster et arriva vers 7 h.30 du matin au poste de commandement de
la veille au Reichackerkopf, au-dessus de la source, en compagnie
de l’état major de 1./R.19 et 3./R.22.
Le temps était clair
et sec et pendant la matinée, qui fut calme sans combats, on
pouvait non seulement admirer les montagnes encore couvertes de neige
mais également observer l’astucieux système comprenant
blockhaus, postes d’observations, obstacles, barrières
de tronc d’arbres, tranchées etc., qui avait été
mis en place par nos ennemis en quelques mois seulement. Un dispositif
défensif raffiné à la lisière des forêts
au nord et à l’ouest de Schp. (sic) au nord-ouest du
Fronzell et un poste d’observation enfoui dans le versant sud-ouest
du Reichackerkopf près du point 33, permettant une vue illimitée
sur Munster – La Forge jusque dans la plaine d’Alsace,
frappèrent particulièrement nos esprits.
Dans l’après-midi
un peu par surprise vint l’ordre de la division : Groupe Jaud
– à présent 1./R.19 (sans 1. et 4.), II./R.19,
8./R.18 et 5./R.22 doit sans tarder se joindre à l’attaque
générale de la division contre Soultzeren- Ampfersbach.
Rapidement un groupe de combat Veith fut formé avec 8./18,
5./22 ainsi que 2. et 3./19, qui venaient de relever 7. et 8./22 à
l’orée de la forêt, et la section de mitrailleuses
Keim venant du Tiefenbach, avec l’ordre de se tenir prêt
avec l’aile gauche au carrefour au nord-est du Moenchberg et
en s’élançant de là, gagner la cuvette
et les hauteurs au sud-est de Looch ; pendant ce temps les compagnies
R.J.R.22 et de mitrailleuses, qui se tenaient cachées en face
de Brochacker et plus au sud à la lisière de la forêt,
devaient soutenir cet assaut par le feu de leurs tirs en direction
de la limite sud d’Ampfersbach et du versant au nord de Hagel,
tandis que le bataillon Neuhierl (II./R.19), renforcé par la
compagnie cycliste et des mitrailleuses lourdes devait être
prêt à repousser une éventuelle contre-attaque
ennemie dirigée du Sattelkopf vers le Reichackerkopf. L’état
major du régiment se rendit dans le coin de forêt au
dessus du chemin qui longe la lisière au nord du point 25.
– Enfin, après une longue attente, peu après 5
h. du soir, les premières troupes d’assaut sorties de
la forêt sautèrent dans la cuvette et remontèrent
vers l’autre versant. Mais ils n’arrivèrent pas
plus loin dans ce vallon d’Ampfersbach qui ressemblait à
un cratère en éruption et lorsque l’ordre d’arrêter
l’attaque sur tout le front arriva de la division à 7
h. du soir, tout le monde respira, car la poursuite du combat sous
le feu nourri venu du Sattel et Bichstein ainsi que le fort contingent
d’infanterie occupant Ampfersbach, auraient entraîné
de lourdes pertes inutiles.
Pendant ce temps 4./R.19 avait
pris le Kilbel au courant de l’après-midi après
trois heures de combats de rue et de maisons, la section Küspert
avait fait prisonniers 70 chasseurs alpins dans la villa de l’usine

et était en train
de partir à l’assaut de Schirbach depuis le réservoir
d’eau lorsque l’ordre d’arrêter le combat
lui parvint de la division de sorte que le capitaine Seitz pris la
décision de retourner dans les positions en bordure ouest du
Kilbel. – Bien que le but fixé par la division n’ait
pas été atteint, un front apte à être défendu
avait été créé sur une ligne qui allait
du Mittelbühl par la limite ouest du Kilbel, le Sattel jusqu’à
Stocka, permettant de reconstituer enfin des formations homogènes
et apporter un peu de repos à une partie au moins des troupes
épuisées.
Le secteur R.J.R.19 qui allait
du Rebberg au Stocka fut aussitôt divisé en trois parties,
le commandant Lochner fut placé à la tête du secteur
de droite qui allait du Rebberg jusqu’au coin de la forêt
du Moenchberg, le commandant Veith à celui du milieu jusqu’au
Klänglesssattel compris, le capitaine Leuchs (remplaçant
le commandant Neuhierl malade) à celui de gauche jusqu’à
Stocka. I./R.19 occupa de nouveau le Reichackerkopf dès le 24.2.
L’état major du régiment, qui après le combat
d’Ampfersbach, était stationné à Stosswihr
y subit des tirs ciblés d’artillerie et se replia encore
dans la soirée du 25 sur le hameau de Weier, il le trouvèrent
en grand désordre et plein de détritus, après une
assez longue présence de troupes françaises.
– Le 27.2 la position
qui se trouvait encore de ce côté de la grande route vers
Soultzeren fut avancée durablement et sans difficulté
vers le réservoir et à l’ouest de l’église
du Kilbel. – Le 28.2 à 2h. de l’après-midi,
le commandant de brigade Freiherr von Pechmann, en compagnie de son
adjudant Frh. Von der Tann apporta personnellement de la division l’ordre
d’une attaque de nuit générale contre la ligne Sulzeren-Schirbach-Ampfersbach-Brochacker
; cette attaque devait commencer le 1.3 à 1 h. du matin, toutes
les montres mises à l’heure. Le temps pour exécuter
cet ordre était extrêmement court pour la transmission
des directives compte tenu des journées encore courtes et des
difficultés liées au terrain accidenté. Bien que
le commandant du R.J.R ait formulé des réserves, rien
ne fut changé à ce plan et dès 3h. de l’après-midi
une communication verbale parvint à tous les chefs, suivie à
7 h. du soir d’un ordre écrit détaillé aux
trois bataillons.
Ainsi l’attaque devait
débuter à 1 h. du matin à l’aile gauche de
la compagnie Kolb, depuis la position à l’ouest du Kilbel
en direction de Schlirbach, avec 5./R.19 et 12./b.L.J.R.3, la compagnie
Seitz 4./R.19 devait s’élancer en même temps de la
lisière de la forêt par Brochacker, Schweiget et Remlooch
et 6. et 7./R.18 devaient 15 minutes plus tard avancer vers Ampfersbach
en partant de Hagel et Looch. L’état major arriva à
12 h.45 du matin à son poste de commandement dans l’usine
de l’ouest, où régnait déjà une activité
intense par la présence des équipes d’infirmiers,
cyclistes, téléphonistes et hommes du 8./R 19. Le temps
était triste avec de la pluie mêlée de neige. L’ennemi
déclancha 10 minutes déjà avant 1 h. des tirs d’infanterie
frénétiques venant d’Ampfersbach et quelques minutes
plus tard avec l’artillerie du Schmelzwasen, signifiant par là
que notre attaque surprise avait lamentablement échouée.
A 1 h. précise nos
obus et les tirs des mitrailleuses installées dans la scierie
se mêlèrent à ce déluge de feu. Mais à
droite l’attaque de l’infanterie n’arriva pas à
progresser par suite du feu déclanché sur son flanc, l’obscurité
totale et le temps épouvantable ; comme les nouvelles arrivant
des compagnies devenaient au fil des heures de plus en plus pessimistes,
que le jour commençait à poindre et qu’il était
à craindre qu’un retrait de 1./R.19 parvenu à 150
m devant Ampfersbach ne serait plus possible de jour sans entraîner
de lourdes pertes, le commandant du régiment téléphona
à 4 h.30 du matin : « Surprise et attaque échoués,
demande une décision rapide, sinon retrait des troupes plus possible
». Heureusement cette annonce eut pour résultat que cette
attaque précipitée pu être stoppée à
temps et que les troupes purent être mises en sécurité
avant l’aube. Toutefois cette nuit avait coûté 11
morts, 16 blessés et 4 disparus et n’avait pas apporté
le moindre changement à la situation générale.
Les prochains jours furent
uniquement consacrés à la consolidation des positions
visitées à plusieurs reprises par le commandant de la
division qui ne ménagea pas sa reconnaissance pour les efforts
fournis par la troupe ; tout ceci contribua à l’avancement
rapide des travaux entrepris tant près de Stosswihr qu’au
Moenchberg et Reichackerkopf. Le 5.3 arriva enfin l’ordre de relève.
Qui aurait pu reprocher aux officiers et troupes de s’en réjouir
après 2 semaines ½ de combats quasi continuels et d’effervescence,
sans abris, exposés aux intempéries. Dans l’essentiel
la nuit du 5 au 6, les positions Rebberg-Moenchberg devaient être
occupées par I/L.40 avec une compagnie b./LJR 3, Reichackerkopf
et Sättele par trois compagnies du bataillon d’infanterie
Landsturm Bruchsal et 2e compagnie du bataillon d’infanterie Landsturm
Mannheim, des détachements appartenant aux troupes relevées
devaient rester en arrière pour assurer le bon déroulement
des opérations.
Dans la matinée du 5 la relève
et l’instruction des hommes du Landsturm par les anciens commandants
et chefs de compagnie se déroulèrent sans aucun incident.
Derrière le Reichackerkopf


restèrent des détachements de
2. et 3./R.19 et derrière Sättele respectivement un détachement
de 6., 7. et 8./R.19. Heureux, bien que marqués par toutes
les difficultés surmontées et brisés de fatigue
après la longue marche de nuit, 1/R.19 atteignit dans la nuit
du 5 au 6 avec quelques compagnies à 11 h. du soir, avec d’autres
à 2 h. du matin et avec les deux détachements laissés
en arrière le 6 à 10 h.30 du matin, les cantonnements
prévus et soigneusement préparés par le responsable
des cantonnements à Hattstatt et Voegtlingshoffen, tandis que
II./R.19 restait selon les directives à Luttenbach, Breitenbach
et Eckersberg. L’état major du régiment R.19 qui
avait quitté Weier, était arrivé à Hattstatt
dès le 5 dans la soirée après une courte halte
à Munster.
A l’instigation du général
de brigade Veith un déjeuner en commun devait avoir lieu le 6.3
pour fêter les succès remportés et les dangers qui
avaient été surmontés. Alors que tout le monde
se réjouissait en prévision de ce festin autour d’une
table ornée de fleurs, on entendit provenant de la vallée
de Munster le bruit d’une forte canonnade et alors que l’on
allait passer à table, l’alarme résonna de tous
côtés et bientôt devait se rependre la funeste nouvelle
: « Reichackerkopf perdu ; ordre de la division : tous en route
vers Munster ». Ceci fut notamment pour les troupes qui venaient
juste d’arriver à Hattstatt un coup dur qui n’aurait
pu être pire ; mais que faire ? Une heure plus tard déjà,
tous étaient sur le chemin du retour direction Walbach, que ce
soit à pied, à cheval, en voiture ou camion, également
par le train qui avait été demandé immédiatement
par l’adjudant du commandant de régiment Wagner auprès
de la direction des lignes de chemin de fer à Strasbourg. Jusqu’à
la reconquête réussie le 20.3 du Reichackerkopf s’écoulèrent
à nouveau des semaines qui n’avaient rien à envier
aux peines, souffrances et dangers encourus ces derniers temps.
Effectivement Reichackerkopf,
Sättele et Sattelköpfle étaient à nouveau aux
mains des français et le mauvais temps qui commença au
courant de l’après-midi du 6 ne contribua pas à
détendre l’atmosphère qui régnait.
Les premières instructions
arrivèrent à Gunsbach et Walbach à l’intention
des troupes qui affluaient des deux côtés de la vallée
de Munster. Ainsi, en ce qui concernait RJR 19, la 1. et 2e compagnie
devaient se tenir immédiatement à la disposition du capitaine
Friederizi (II.L.40) à Stosswihr, alors que la 4e fut chargée
de protéger la limite côté ouest du ban de Munster,
la 3e avec la section de mitrailleuses Keim fut affectée à
la protection de la route près de Fronzell. Les contingents de
la 6e, 7e et 8e compagnie qui étaient restés en retrait
en qualité de réserve coururent de leur propre initiative
au secours de la première ligne au moment de l’attaque
de l’infanterie française. Grâce à eux et
notamment à l’intervention de la section de mitrailleuses
Grau, où le fusilier Bierl se distingua, l’avancée
française ne pénétra pas plus loin. Ainsi on pouvait
tout au moins se cramponner aux pentes et avec l’arrivée
rapide en renfort du bataillon Von Falkenhausen (I./R.18, II./R.19,
2./R.22) et un détachement de pionniers, ont était en
droit de voir arriver la nuit rassérénés.
La reconquête du Sattelköpfle
était prévue pour le 7.3 à 11 h. du matin ; malgré
une préparation intense par notre artillerie et l’arrivée
en renfort de 1./R.23 et 3. et 4./R.19 ainsi que de mitrailleuses on
ne parvint pas à avancer et II./R.19 était tellement épuisé
qu’une relève était devenue absolument indispensable.
Celle-ci arriva au courant du 8 et 9.3 par des éléments
de LJR 25 prussien, de RJR 18 bavarois et le III/75 hanséatique,
de sorte que le 9.3 le groupe du capitaine Eggers avec II./75 et 6./R.18
occupait la position sous le Reichackerkopf, et le groupe Veith avec
5. 7. 8./R.18 les positions autour du Sattel et Sattelköpfle.
Pour le 10.3 la division ordonna
une nouvelle attaque en direction du Reichackerkopf et Sattelköpfle
et il fut promis au commandant chef de corps RJR 19 chargé de
l’opération un certain nombre de petits et grands lance-roquettes,
de fusées incendiaires et de lance-flammes. La plus grande partie
de ce matériel technique n’arriva où ne fonctionna
pas de sorte que ce deuxième essai resta sans succès notable.
Seul le groupe Veith atteignit à 7 h. du soir la crête
dans le secteur ouest du Sattelköpfle. Il en fut de même
le 11.3 où, avec l’appui de la section d’artillerie
Holländer et de lance-roquettes, les attaques devaient être
poursuivies notamment par les ailes du milieu des groupes Eggers et
Veith pour la reconquête des terrains adjacents à gauche
et à droite. L’épuisement des troupes par le manque
de repos, le froid et la pluie était trop important. Les opérations
offensives furent abandonnées les jours suivants et pour affaiblir
l’ennemi seules des démonstrations importantes de force
furent décidées au cours desquelles les 12 et 13.3 notre
artillerie devait lancer 1.000 obus sur le Sattel, Sättele et terrains
alentour, et entre 3 h.30 et 4 h. du matin l’infanterie engagée
du Rebberg jusqu’à Metzeral devait prendre sous le feu
de ses tirs les positions ennemies en face en poussant des hourras répétés.
Dans la matinée du 14.3 nos lance-roquettes
détruisirent plusieurs barricades et abris au Sättele
et à 5 h.45 du soir I./R.18 pu annoncer « les parties
détruites des barricades ont été occupées
par nos propres patrouilles ». Au moment où on se félicitait
de ce succès arriva la terrible nouvelle que notre mortier
de 21 cm, qui tirait sur le Reichackerkopf et faisait partie du 1./R.19
(Lt. Lindner), avait été atteint à trois reprises
de plein fouet et que 11 hommes avaient été tués
et 9 hommes blessés. La division mentionna spécialement
dans son ordre du jour la tenue dont fit preuve la compagnie Lindner,
bien que durement touchée par ce tragique événement.
Dans la nuit du 15 au 16,
la barricade au Sättele qui avait entre temps été
abandonnée par la patrouille 1./R.18, fut a nouveau occupée
par deux officiers 10/75 avec une ½ section. Tous espéraient
que bientôt toute la crête à droite et à gauche
du Sättele se retrouverait en notre possession et qu’il serait
possible de couper l’approvisionnement de l’ennemi encore
installé autour du sommet du Reichackerkopf, quand le capitaine
Eggers annonça à 1 h.15 de l’après-midi :
« Le détachement qui occupait la barricade détruite
a été attaquée de trois côtés à
12 h.45, a subi de lourde pertes et a dû se retirer. Les chefs
10./75 Lt. Warnken et Lt. Buhr sont tombés et environ 100 hommes
tués et blessés ». C’était un nouveau
coup dur dans la situation délicate que nous connaissions depuis
le 6.3 et il fallait avoir les nerfs solides pour ne pas perdre complètement
courage. Comme il ne fallait pas penser à un nouveau succès
du côté sud dans les prochains jours, la division jugea
que le centre de l’attaque devait davantage se porter vers le
côté nord du Reichackerkopf, là où se trouvaient
actuellement I. et II./RJ.23 et I./R.22 qui tenait l’ennemi en
haleine et s’en rapprochait de plus en plus même si ce n’était
que lentement.
Les résultats étaient
tels que la division envisagea déjà pour le 19.3 l’attaque
générale du Reichackerkopf. Par suite des réserves
émises par le lieutenant colonel Jaud dans la villa Hartmann,
le 18.3 lors de la publication de cet ordre à 1 h. de l’après-midi,
l’attaque fut reportée définitivement à l’après-midi
du 20.3. La division ordonna qu’en premier lieu la brigade R.J.
16 du général de brigade Jehlin attaquerait le Klänglesattel
depuis le nord avec le contingent principal et avec les forces secondaires
le sommet du Reichackerkopf, la brigade R.J. 15 du général
de brigade Freiherr von Pechmann attaquerait en même temps depuis
l’est et le sud avec le contingent principal ce sommet et avec
les forces secondaires Klänglesattel et Sattelköpfle. L’assaut
du Klänglesattel devait être soutenue par le feu de batteries
légères et lourdes, par des roquettes et surtout à
chaque fois par une pièce d’artillerie des batteries Grauvogel
et Diem depuis la lisière ouest de la forêt du Moenchberg
et le « chemin des chasseurs alpins ».
L’exécution de
cet ordre sur le front est et sud fut confié par la brigade au
commandant RJR 19, qui commença à se diriger avec le soutien
de nombreux pionniers de la compagnie de pionniers de réserve
8 , des troupes d’assaut 2. et 3./R.19 et de la section de mitrailleuses
Keim vers le Reichackerkopf, III./75 vers le Klänglesattel et II.R.19
vers le Sattelköpfle. A 1 h. de l’après-midi, selon
le plan, sur l’aile gauche à tour de rôle chaque
détachement en qualité de colonne d’assaut devait
se précipiter sans tirer sur les tranchées ennemies du
Reichackerkopf, en moyenne à peine distantes de 20 m, et après
avoir atteint ce but, main dans la main avec les 22e et 23e (sic) venant
du nord nettoyer toute la ligne.
A 1 h. de l’après-midi
précise, le feu d’artillerie s’arrêta, les
lance-roquettes lourds retranchés dans la cuvette au sud-est
de la source se turent. Les troupes sautèrent de leurs tranchées,
chaque homme non seulement armé de grenades et du fusil mais
également d’un bouclier de protection ; le chef de corps
R.J.R.19 avec le commandant Veith (1./R.19) attendaient à leur
poste de commandement à peine 200 m au sud de la crête
le signal convenu « Attention » qui devait annoncer la réussite
de l’opération. Au lieu de ceci on entendait continuellement
les tirs des mitrailleuses ennemies et à 1 h.30 parvint des trois
compagnies la nouvelle accablante : « Violent feu de mitrailleuses
sur nos flancs ; nous ne pouvons plus avancer ». C’était
une situation désespérante, alors qu’il était
clair qu’en l’état des choses actuel un engagement
des réserves 1., 4./R.19 et 4./R.23 stationnées au chemin
des chasseurs alpins, ne pouvait qu’amener de nouvelles victimes
et en aucun cas une réussite.
Alors qu’aucune décision
n’avait encore été prise, à 2 h. environ
de l’après-midi, le caporal Heinrich Lutz (3.) aperçu
quelques mains levées qui sortaient de la tranchée ennemie
voisine. Interprétant cela comme une demande de grâce,
Lutz cria fort « Hurra, ils se rendent » et à sa
droite et à sa gauche, sautant tous en même temps et reprenant
son hourra, le Reichackerkopf fut pris quelques minutes plus tard ainsi
que par la suite le Klänglesattel et tout le groupe à l’ouest
de celui-ci. Cet instant fut pour tous les participants un des points
marquants de leur vie militaire et lorsque, venant de tous les côtés
par troupes, les courageux chasseurs alpins bronzés – plusieurs
officiers et 250 hommes - escortés par nos braves, descendirent
la côte, aucun des participants ne pu échapper à
un sentiment spontané de bonheur et de reconnaissance. Malheureusement
cette bonne humeur ne dura guère, vers 4 h. de l’après-midi
on apprenait que les soldats qui circulaient trop librement et imprudemment
sur la crête, occupés à ramasser et mettre en sécurité
des armes et équipements ennemis, avaient été pris
sous le feu de l’artillerie ennemie qui avait tué ou blessé
gravement 20 hommes heureux de vivre encore peu avant, parmi eux aussi
le vaillant chef de section lieutenant Fürst (2./R.19) et l’adjudant
Lukaseder (R.J.R.23). Un coup atteignit également en plein le
poste de lance-roquettes de l’adjudant Schlederer et envoya en
l’air 3 lance-roquettes et 50 petits projectiles, par miracle
sans dommages pour les servants.
Le jour même l’ordre
du jour de la division suivant fut proclamé :
« Après quinze
jours de lutte acharnée le succès fut aujourd’hui
au rendez-vous, le Reichackerkopf nous appartient, nous ne le céderons
plus. Il est maintenant de notre devoir de le préserver nous
devrons tous nous y attacher.
J’exprime mes remerciements et ma reconnaissance à toutes
mes troupes et leurs chefs qui aujourd’hui ont acquis à
notre jeune division de nouveaux lauriers.
Dans une coopération exemplaire les vaillants pionniers ont facilité
l’avance de ma brave et courageuse infanterie, pendant que l’artillerie
toujours à l’affût a pu tenir l’artillerie
ennemie à l’écart et a donné le coup de grâce
à l’ennemi.
Je suis fier de ma division.
Freiherr v. Stein »
Pendant ce temps de violents
combats avaient eu lieu dans les environs nord de Stosswihr, au Rebberg
; dans le cadre de II./L.40 (capitaine Friederizi) 1. et 2./R.19 notamment,
sous le commandement de leurs chefs Lt. Lindner et Lt. Auffhammer, avaient
eu le grand mérite dans les premières heures du 7.3 de
jeter hors de leurs tranchées les français et de rétablir
ainsi l’ancienne ligne de front, malgré une contre-attaque
des chasseurs alpins qui descendaient de l’Eichwald. Les sections
Schuster, Weber et Schneider s’étaient particulièrement
distinguées par leur bravoure. L’ennemi laissa sur place
une mitrailleuse et près de 100 chasseurs alpins morts ou blessés.
Le commandant de la division exprima également à ces deux
compagnies, qui le 11.3 avaient été retirées de
la brigade de Sprösser et après une courte pose à
Eckersberg, avaient pris la relève le 12.3 de II./75 au Reichackerkopf,
sa reconnaissance pour leur attitude courageuse et leur action pour
sauver Stosswihr.
Les nuits et jours suivants
furent consacrés à la consolidation et mise en sûreté
des positions reconquises, opérations au cours desquelles les
compagnies de génie Offenbourg et plus tard Rastatt qui avaient
été détachées auprès du régiment,
rendirent des services considérables comme ce fut déjà
le cas pendant les dures semaines précédentes. Pour maintenir
les troupes en état de fraîcheur des relèves journalières
eurent lieu. Le secteur Jaud comprenait à côté de
ses hommes du 19e également les III./75 hanséatiques,
les landsturm de Bruchsal et Mannheim, le 14e chasseurs de Colmar et
des compagnies de R.J.R. 18 et 23. Le soir du 21.3 les courageux hanséatiques
avec leur vaillant chef, capitaine de R. Eggers, quittèrent cette
formation.
L’ennemi n’entreprit pas d’importantes
tentatives de reconquête, par contre son artillerie de montagne
et lance roquettes très actives se firent quotidiennement remarquer.
Le 23.3 tout particulièrement, l’attaque d’artillerie
sur Sattelköpfle et Klängle fut tellement violente que II./R.19,
alors sous le commandement du commandant Veith, dépêcha
: « Nous pouvons à peine nous maintenir, violente attaque.
Secours indispensables ». La situation était d’autant
plus délicate, qu’à Tiefenbach et environs pas
une seule compagnie n’était en réserve et que
bizarrement notre artillerie restait absolument muette. Dans son désarroi
et inquiétude que là-haut les positions pourraient encore
une fois être perdues, le commandant chef de corps du RJ.R.
19 regroupa autour de lui tous les hommes disponibles à l’état
major, au dépôt du paquetage de campagne et au dépôt
des pionniers – environ 35 hommes – et s’élança
à midi de Tiefenbach par Obereck en toute hâte dans la
pente pour sauver ce qui pouvait encore être sauvé. Après
environ 35 minutes, près du lieu-dit « Augsburger Hütte
»,

quasiment à bout de souffle, il reçu,
le message suivant somme toute réjouissant malgré l’irritation
et la déception : « Tout en parfait ordre, hors de question
de se retirer, pertes relativement faibles – 9 morts, 25 blessés,
-. »
Le 5.4 le régiment fut déplacé
vers la gauche dans le précédent secteur de RJR. 18
(de la cuvette au nord de Stocka-Röspelwald jusqu’au Braunkopf
inclus) et trouva là à nouveau largement l’occasion
de construire, consolider et notamment de simplifier maint système
de tranchées infiniment long comme par exemple en face de Klitzerstein
et au-dessus du réservoir d’eau à Muhlbach. Même
si les nouvelles positions étaient dans l’ensemble calme,
elles avaient pourtant l’inconvénient d’être
presque dans l’ensemble visibles depuis le Altmattkopf et susceptibles
d’être prises dans le dos à partir des montagnes
au sud-ouest.




Le régiment dont l’état
major était resté au Tiefenbach et son poste de commandement
– en alternance I et II./R/19 - à Muhlbach, resta jusqu’au
27.4 dans le secteur qui lui avait été désigné
et pu profiter de sa la relative tranquillité et du soleil
printanier pour guérir bien des plaies provenant du combat
dans le froid et la tourmente au Reichackerkopf.
Seuls provoquèrent
une grande agitation les combats qui se déroulaient dans le secteur
ouest du RJR. 18 sur la hauteur 830 entre Steinabrück et Sillackerwasen
et au sud du Anlasswasen, qui eurent comme conséquence immédiate
la perte du Schnepfenriedkopf, du Burgköpfle et Herrenberg au nord
et au sud-ouest de l’Eselsbrücke dans la haute vallée
de la grande Fecht. Ce jour là, après un calme de quinze
jours, se déclencha à 11 h. du matin un violent feu d’artillerie
continu venant des Tännle et Altmattkopf en direction de Sillackerwasen,
auquel s’ajoutèrent également en direction de nos
positions, à partir de 1 h. de l’après-midi, des
tirs d’infanterie nourris depuis le Sattelkpof, Klitzerstein et
Altmattkopf. A 3 h. de l’après-midi le bombardement du
Schnepfenriedkopf se transforma en feu roulant et les cœurs de
tous les spectateurs se serrèrent en apercevant – ce qui
était nettement visible depuis la vallée – les obus
qui coup sur coup en s’abattant sur le sommet blanc de neige le
noircirent en quelques minutes et ce qui restait du poste de guet des
chasseurs de Colmar engagé à cet endroit, terré
superficiellement dans la neige, dévaler vers le Anlasswasen
suivis de petites troupes de français.
Les deux canons de la batterie
Grauvogel, dont les caissons avaient été retournés
à Munster, pourront-ils être sauvés ? Oui, ils le
furent. Avec une énergie et audace exemplaires, le sous-officier
Heitmayer 8./R.19, qui devait assurer avec deux groupes la couverture
des canons, rassembla ses hommes, quelques skieurs du bataillon Steinitzer
et quelques chasseurs du 14e. , couru à la rencontre des français
et sauva par son feu et son discernement non seulement les canons mais
également le Anlasswasen, en stoppant là l’attaque.
La médaille de la bravoure récompensa cette belle action.
– Après un bombardement violent une attaque d’infanterie
eut lieu à 4 h. de l’après-midi également
contre la hauteur 830. Le lieutenant de réserve Werr avec 7./R.18
résista héroïquement et malgré des pertes
très importantes les braves ne fléchirent pas.
L’effroyable situation
qui régnait là-haut, tout particulièrement dans
la zone au nord-ouest de 830 – baptisé Winterberg –
où furent envoyés dans les jours suivants coups sur coups
des détachements de 3. 4. et 5./R.19, notamment Lt. Lindner(3.),
Lt. Küspert, Lt. de réserve Schneider, sous-lieutenant Schmidleitner(4.),
maréchal des logis chef Amodé et Jall (5.), ceux-ci donnant
de nouvelles preuves de leur grande bravoure, se calma seulement le
25.4 quand dans l’après-midi le grondement de tonnerre
violent venant du proche sud-est annonça la grande victoire allemande
au Vieil Armand.
Le même soir arriva de la brigade l’ordre
d’un regroupement de la brigade R.J. 15, celui-ci fut exécuté
dans les nuits du 26 au 28.4, de sorte qu’à partir de
cette dernière date le secteur Braunkopf – 830 –
Sommerlitt était occupé par RJR.18, Steinabrück
– Anlasswasen – Sondernach par RJR.19, Landersbach –
Hilsenfirst par le bataillon de chasseurs 14. Pour le régiment
ce déplacement apportera des semaines meilleures car l’activité
militaire de l’ennemi n’était pas très vive
et le printemps qui arrivait en force dans ce site alpestre magnifique,
encore relativement préservé des combats, détendit
l’atmosphère et fit renaître la confiance. De sombres
forêts de sapins alternaient avec des prés fleuris, traversés
de ruisseaux clairs bondissant vers la vallée. Le séjour
à Sondernach-Landersbach, les deux occupés par une population
dans sa nature et coutumes foncièrement allemande, dans des
abris bien aménagés fut en quelque sorte une récréation,
toutefois tempérée par la gravité de la situation
présente et les soucis pour l’avenir.

1.R.19 avait dans l’ensemble à
assurer la protection du versant raide à l’est du ruisseau
de Wurmsa jusqu’à la hauteur 955,3 au dessus de l’Anlass
compris, II./R.19 à côté la partie passant par
Pfliegle-Winterhagel jusque Ahwäldle non compris ; mais sur la
crête 3. et 5./R.19 changèrent souvent. Les états
majors de I. et II./R.19 rejoignirent leurs quartiers à Metzeral
et Sondernach, l’état major du régiment également
dans cette dernière localité, toutefois dans une maison
sans apparence dans la rue principale. La magnifique villa Immer lui
avait été réservée ; compte tenu non seulement
de son exposition mais également du fait qu’elle avait
été occupée précédemment par le
commandant chef de la subdivision, qui selon son habitude à
la tombée de la nuit faisait allumer les lumières électriques
de toutes les pièces sans descendre les volets roulants devant
les grandes fenêtres, de sorte que de toutes les hauteurs avoisinantes
les bouches à feu des canons dirigés sur Sondernach
devaient être attirées comme par un aimant par la villa
Immer, un cantonnement plus modeste lui fut préféré
et ceci avec raison comme le confirmèrent les obus qui y éclatèrent
quelques jours plus tard.
Une autre mesure, non moins
importante, prise dans la nuit du 29./30.4 fut le déplacement
vers l’avant hors du fond de la vallée vers la lisière
ouest de Winterhagel, de l’aile gauche de 6./R.19 et de la totalité
de 8./R.19, car de cette façon uniquement il était possible
d’éviter que l’ennemi ne parvienne jusqu’à
150 m de la route sous la protection de la forêt, pour surgir
subitement à Sondernach. L’insouciance sûrement bien
involontaire dans ce domaine de nos prédécesseurs, les
valeureux skieurs, fut pour nous encore longtemps l’objet d’un
souvenir amusant. De ce séjour dans le secteur Metzeral-Sondernach,
qui dura jusqu’au 16.5, pendant lequel un énorme travail
de consolidation des lignes de défenses qui passaient par monts
et par vaux, par des rocailles et d’épaisses forêts,
fut réalisé et apporta à nos patrouilles une activité
intense, le régiment garda surtout le souvenir des jours suivants
: le 3.5 à 10 heures du soir lorsque la grande victoire sur le
front Est fut fêtée avec musique, carillon de cloches,
feu d’artillerie et triple hourra par toutes les troupes engagées
ou au repos de la division 6. b.Landwehr et 8e division de réserve
bavaroises ; le 4.5 au matin lorsque dans le brouillard qui se levait
surgit devant le poste 7./R.19 une importante colonne de ravitaillement
ennemie avec 9 mulets qui essuya un tir nourri ; ensuite les heures
qui suivirent ainsi que les trois prochain jours où des obus
lourds tombèrent sur Steinabrück et détruisirent
en grande partie l’usine qui se trouvait là ; mais avant
tout le 7.5 lorsque dès 7 h. du matin les français bombardèrent
pendant des heures avec des obus de gros calibres la hauteur 830 et
à partir de 2 h. de l’après-midi également
hauteur 955,3 et les positions au-dessus de Pfliegle, suivi à
6 h. par une attaque de l’infanterie qui fut repoussée
par 4./R.18 en compagnie de 18 chasseurs 14e et 3.R.19, ainsi que 3./R.19
avec de lourdes pertes ennemies.
Le 11.5 à 8 h. du soir,
le poste d’écoute avancé de 3./R.19, 80 m au-dessus
des premières lignes vers hauteur 1025, occupé depuis
le 7.5 par les français, devait être reconquis après
un léger bombardement préparatoire par la batterie d’artillerie
Danzer et un lance-roquette. Le lieutenant Wichmann (2./R.19) fut désigné
comme chef de la troupe d’assaut comprenant trois groupes d’infanterie
et 7 pionniers. Par le fait d’une écoute probablement,
il se trouvait que les tranchées ennemies étaient très
fortement occupées, et malgré la bravoure du lieutenant
Wichmann et de ses hommes l’opération échoua ; compte
tenu du déluge de feu ennemi qui dura sans faiblir de 8 h. à
11 h.30 du soir et s’étendit au Sillackerwasen –
hauteur 830, il fallu être heureux que les pertes – 1 sous-officier
mort et 5 fantassins et 1 pionnier blessé – ne fussent
pas plus importantes.
– Bien que cette opération
ait été connue depuis la veille, une de nos compagnies
avait demandé à sa colonne de 6 bêtes de somme de
rejoindre Anlasswasen à 8 h. du soir, celle-ci, arrivée
à 250 m du but, se retrouva en plein milieu du feu qui se déchaînait
à ce moment là. Naturellement les accompagnateurs se mirent
immédiatement à couvert, pendant que les mulets et ânes
restèrent tranquillement sur place. Qu’il n’y eut
qu’une seule bête blessée d’un tir dans une
patte pendant ce feu de 3 h.1/2, relève quasiment du miracle.
Le 15.5 arrivèrent
à Sondernach, le matin de bonne heure, en partie en voiture,
en partie à pied, les commandants et officiers de la brigade
d’infanterie prussienne de réserve 39 Rudolf et R.J.R.
73, et dans la nuit du 16 au 17, de minuit à 6 h. du matin, la
relève et le retrait de pratiquement toutes les troupes de la
8e division de réserve bavaroise engagées dans la vallée
de la Fecht, se firent curieusement sans aucune perte. A l’exception
de la section de mitrailleuses Grau resté en position de combat
et certains chefs restés en arrière, R.J.R.19 arriva encore
pendant la matinée du 17 dans ses quartiers à Horbourg,
Bischwihr et Fortschwihr et mit ainsi fin à une campagne de quatre
mois non seulement riches en travail, émotions, privations et
combats, mais également en succès. Il serait ingrat, d’oublier
les énormes efforts exigés par ce séjour de quatre
mois en terrain montagneux, partiellement dans la neige et la glace
par tous ceux qui avaient fait partie du régiment : les officiers
de santé et infirmiers, les deux aumôniers le pasteur Eichler
et le père Rupert Mayer, et enfin les officiers (Ebert et Grauvogel)
chargés du train, des équipements et du ravitaillement,
ainsi que les sous-officiers et troupes. C’est certainement leur
énergie, leur dévouement et esprit de camaraderie sous
le feu des obus dans la nuit et le brouillard, la tempête et la
pluie, qui permirent aux troupes de tenir.
|